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« JE M’ENNUIE DE MOI »

À PROPOS DE L’ISOLEMENT ET DE LA SOLITUDE

Par Richard LaChance, Psychologue Psychothérapeute,

Psychologue Sportifet Préparateur Mental

Québec, Québec, Canada 

 

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Il est possible de se savoir « isoler » de son entourage comme de sa famille, à un moment spécifique de sa vie, par exemple, lors d’un séjour à l’étranger.

Il est possible de ne pas être capable d’« apprécier » la solitude… comme de certains moments de tranquillités passés avec soi-même.

Ou encore, à d’autres occasions, nous pouvons être épris d’un « sentiment » – passager comme persistant – et parfois difficile à exprimer comme le fait de « s’ennuyer de soi ».

Parle-t-on, ici, d’un seul et d’un même phénomène?

Si oui, est-ce que ces trois « états d’Être » peuvent – ou pourraient être – interchangeables indistinctement?

Richard LaChance tente, ici, d’en faire la lumière dans cet article intitulé : « Je m’ennuie de moi », à propos de l’Isolement et de la Solitude.

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Solitude, isolement deux mots que l’on inter-change voire confond allègrement l’un avec l’autre. Souvent exprimés comme étant des sentiments ou des émotions. Tel dans l’énoncé suivant : Je me sens seul! Le verbe « sentir » ici laissant entendre qu’il y a là un sentiment d’exprimé. Mais il n’en est rien.

Ils évoquent plutôt des faits – comprendre observables et mesurables. Comme dans l’énoncé : Cet homme vit seul depuis que sa conjointe est décédée! Ou encore, cet homme vit dans l’isolement le plus complet, loin de sa famille!

Au surplus, et plus communément, ils expriment des états d’Être comme des États d’Âme, tel que cette femme aime la solitude de la marche en forêt!

Toutefois, ces « États de fait » sont complètement différents dans leur désignation. Même aux antipodes l’un de l’autre.

 

La Solitude

L’évocation de la Solitude, d’entrée de jeu, fait référence, et dans la plupart des cas, à une connotation négative. Une idée de privation.

Dans ces cas, la Solitude est perçue à travers le prisme de la tristesse. Je suis seule ce soir, je n’ai pas d’amis à qui je peux me confier!

D’où souvent la confusion entre les deux termes, Isolement et Solitude.

Cependant dans les faits, le terme « Solitude » fait référence au fait d’être seul – avec soi-même -, par exemple, pour réfléchir, rêvasser, admirer, contempler. Nous pourrions ajouter qu’ici, la Solitude évoque l’idée d’être « avec » soi. Ce qui n’est ni négatif ni positif en soi. Simplement un fait.

Et encore, il est question de « proximité », d’intimité, d’être en contact avec soi. Ce qui peut effrayer certains, certes, lui donnant encore ici cette connotation négative. Ne pas aimer la solitude, par exemple, car cela me ramène à Être « qu’avec » soi. Sans autre personne autour de soi. Sous cet angle, la Solitude est vécue comme une privation, un manque. D’où l’aspect négatif.

Pouvons-nous vraiment être seul?

Nous pourrions soulever à juste titre une première objection, c’est-à-dire le fait de questionner comment pourrions-nous ne pas être en contact avec soi, car nous sommes définitivement toujours avec soi-même?

Physiquement, certes oui… comme nous l’amenions plus haut objectivement, nous sommes toujours avec soi-même. Toutefois, dans la quotidienneté et dans le tumulte de nos vies, nous sommes plutôt « avec le Faire » et « avec l’Avoir » – dans l’agitation – et peu avec l’« Être ».

Même que « nous nous quittons de nous-même » – souvent – au profit de l’action à poser, du faire.

Nous faisons pour obtenir… Nous sommes dans l’action… Et plus souvent qu’autrement nous sommes « prisonniers » de ce tourbillon de la Vie. Comme lorsque nous le disons à juste titre : Ça va vite!

Le tourbillon a pris le pas sur soi. Le Faire était plus Important que l’Être. Et dans ces moments, nous pourrions dire que « nous nous sommes quitté » au profit du Faire ou de l’Avoir. Nous n’étions plus avec soi. Nous débranchant de nous, de nos valeurs, de nos aspirations, de nos rêves, etc.

Alors que dans la Solitude, il peut y avoir l’évocation de la Liberté. Comme celui d’Être, soit « la Liberté d’Être avec Soi ».

Un Soi qui peut être écrit avec une minuscule ou une majuscule. Désignant soit un niveau plus terre-à-terre – comme Être avec soi-même, physiquement parlant, afin de passer du temps seul en dehors de la cohue – ou soit un niveau plus spirituel, dépassant notre petite personne. L’en Soi. Pour contacter notre profondeur d’Être.

Comme dans le titre – très évocateur – de l’ouvrage de Jules Bureau, intitulé, Vivement la Solitude. Il y a quelque chose de « nourrissant », de vivant, d’énergisant et encore, d’invitant dans la Solitude lorsqu’on y porte attention, bien sûr.

Une invitation à aller vers cet état dit de Solitude. Vers l’Être. Aller à sa rencontre. Au mieux à sa recherche.

Dans tous ces cas, il est question, ici, d’un état de Bien-Être et non de mal-Être. Cette Solitude n’est nullement négative. Comme il est question de Libre consentement. D’y « consentir à » librement. Nous en remettant entre notre Pouvoir de Choisir.

Ainsi, la Solitude est vécue très différemment selon qu’elle est choisie ou vécue comme subie. Un individu peut choisir intentionnellement la Solitude, pour s’éloigner de difficultés du quotidien, hors de la circulation citoyenne, ou pour avoir le temps de développer une activité créative, intellectuelle ou spirituelle. La Solitude est alors une situation appréciée et voulue. Voire recherchée.

Dans tous les cas, la Solitude évoque davantage l’idée – ou le vouloir – « Être-avec-Soi ».

L’Isolement

Alors que le terme Isolement, ferait plutôt référence au fait d’« Être privé » des autres, de son entourage.

Incidemment, le mot Isolement vient du latin « insula » qui veut dire : Île.

Ce que dans les faits nous sommes à la naissance… – un morceau de terre entouré d’eau… – un fœtus dans un sac rempli de liquide le sac amiotique. Une Île entourée d’eau. Ne dit-on pas, incidemment, que la maman a crevé ses eaux!

Isolé mais en contact avec notre mère. L’eau étant à la fois un matériel m’isolant et en même temps, un conducteur, me permet d’entendre et de percevoir ce qui est au dehors de moi, de ma mère, or dans mon entourage.

Nous sommes ainsi à la fois isolés et seuls sur notre Île, et en même temps en contact indirectement avec notre environnement.

Ainsi, sommes-nous vraiment isolé? L’avons-nous déjà été? Pouvons-nous vraiment l’être?

L’Isolement est « un constat » d’une situation dans laquelle un individu est – ou serait – séparé de gré ou de force du reste de son environnement habituel… Or, dès notre venu en ce Monde, nous arrivons à la fois fusionné et séparé du reste du Monde.  Tellement « isolés » du reste du Monde qu’il nous faudra 8 mois avant de pouvoir nous délester de cette fusion.

Mais encore, nous pouvons nous isoler… Ou, nous sentir emprisonné… même dans cette poche amiotique… certains se sentant « pris » voudront en sortir – au figuré davantage qu’au sens propre – plus rapidement que d’autres… du moins pour les bébés, dit prématurés.

Sont-ils des bébés trop impatients de venir en notre Monde ou se sentent-ils trop à l’étroit dans leur enveloppement intra-utérin? Quoiqu’il en soit…

Le mot Isolement a pour synonyme le mot « abandon ». Et en anglais, on le traduit par « isolation ».

Nous arrivons dans ce Monde de manière « isolée ». Peut-être que cette venue est plus difficile pour certains que pour d’autres? Et encore, que cette période initiale d’« Isolement » est vécue pour certains plus péniblement laissant des traces comme des traumas… difficile de dire? Bien que l’hypothèse soit plausible.

En quels cas, « l’Isolement » serait pour ces derniers un rappel de mauvais souvenirs. Cette période où « se sentant » trop isolés, ils ont voulu rejoindre les autres membres de leur société d’accueil à l’extérieur de leur maman en précipitant leur arrivée. Nous prêtons ici – peut-être – une intention au bébé… car nous n’en savons rien. Bien que cette « intention » serait – dans les faits – plutôt de nature corporelle qu’intellectuelle.

Quoiqu’il en soit, l’Isolement peut, d’un tel point de vue, faire peur. Bien que ce soit « notre nature » propre d’être isolé dès « notre fabrication » pour arriver en notre Monde. Car nous sommes d’abord une Île qu’on se rappelle. Ce fait est ce que nous sommes au départ. Nous sommes l’Isolement même. Pourquoi donc nous la craignions tant?

L’Isolement un Bien comme un mal

Et si vous êtes « contaminé », on vous placera en « Isolement ». Bien sûr! Et pourquoi pas sur une Île? Il y aura des Îles qui seront destinées à cela, telle l’Île de la Quarantaine, à Québec – au Québec, au Canada. De son vrai nom, la Grosse-Île, dans les années 1800, lorsqu’arrivait à Québec de nouveaux immigrants afin d’éviter les épidémies, on les plaçait dès leur arrivée, sur cette Île. Ce lieu sera à la fois salvateur pour la population de Québec mais le tombeau pour des milliers d’irlandais lorsqu’une terrible maladie – le typhus – s’abat sur eux dans les années ’47.

De la même manière, si vous êtes « trop » problématique pour une population, on vous placera en « Isolement ». À l’extérieur du groupe. Que ce soit dans un Centre d’accueil pour jeunes délinquants ou dans un Centre carcéral. On vous « emprisonnera » dans un lieu reclus. Ou sur une Île, par exemple, à Alcatraz. Il y aura, alors, de quoi réfléchir.

Mais encore, pour le célèbre noir, Nelson Mandela, lorsqu’il a été incarcéré en dans les années ‘60 – pour ses positions contre le gouvernement d’alors, et les lois de l’Apartheid érigées par des blancs contre les noirs – il y demeurera jusqu’en 1990. Tout ce temps passé en prison, il dira qu’il s’est senti Libre!

Or, certains vivent l’isolement comme une privation la plus terrifiante et pour d’autres, une pleine Liberté?

Quoiqu’il en soit, l’Isolement est d’abord et « exclusivement » un fait. Sa « couleur » dépendant du « comment » la personne percevra cet état de fait. Est-ce en lien avec notre arrivée en ce Monde? Qui sait?

S’ennuyer de Soi :

Des faits aux sentiments

S’ennuyer de quelque chose ou de quelqu’un est une expression purement québécoise qui se dit lorsque ce quelque chose ou ce quelqu’un nous manque.

Au Québec, s’ennuyer de quelqu’un veut dire Souffrir d’un Grand manque de la présence à ses côtés de cette personne.

Ainsi on peut dire, par exemple, que je m’ennuie de ma blonde à mourir.

Ou je m’ennuie de chez-moi, de mes enfants, et encore, plus familièrement, que j’ai juste le goût de m’en revenir à la maison tellement que je m’ennuie des miens.

Par conséquent, s’ennuyer de quelqu’un veut dire éprouver de l’ennui – tel un malaise ou une souffrance – et encore, éprouver de la tristesse de l’absence d’une personne. L’absence de cette personne se vit alors comme une souffrance due à la privation.

Par ailleurs, l’expression « s’ennuyer de soi » irait dans le même sens c’est-à-dire que nous éprouverions une Souffrance du fait d’être privé d’être – en contact – avec soi-même. Que ce soit de passer du temps de qualité avec soi-même, du temps de solitude afin de se retrouver en dehors du tumulte de la vie trépidante. Bref, passer du Bon Temps avec soi.

N’est-il pas vrai que certains se mettront en petite boule dans des moments de grande tristesse ou de grande peur – s’isolant ainsi – comme pour retrouver « cette Île en soi » que nous étions initialement? Ce moment d’incubation dans le sac amiotique… se recroquevillant sur soi-même. Tel un fœtus.

De quoi nous ennuyons nous alors dans ces moments?

De notre mère? Comme certains le pensent.

Ou serait-ce de cette partie d’Infinitude nous composant?

Car n’est-il pas vrai qu’avant notre incarnation nous étions « l’Informe » lui-même et non pas la partie incarnée comme la pointe de l’Iceberg constituant le Vu du Non-Vu. Du Tout. Du Tao.

La partie visible de l’Iceberg est tout aussi bien l’Iceberg lui-même – la Totalité – que la partie non-visible. Comme le Yin et le Yang. Ce que l’on voit et ce que nous ne voyons pas. Comme pour le Petit Prince de St-Exupéry, L’Essentiel est invisible pour les yeux, disait-il.

Est-ce de cet « Invisible pour les yeux » dont nous nous ennuyons dans ces moments-là? Est-ce que nous nous ennuyons de Soi – Soi avec un S majuscule -, lorsque nous disons : Je m’ennuie de Moi ?

Est-ce que nous nous ennuyons du contact avec cette profondeur – la plus profonde – que nous sommes? Or, d’où nous venons? De notre Infinitude?

Certes, notre incarnation est – parfois – plutôt réductrice qu’épanouissante. Perdant de vue Ce Que Nous Sommes Réellement. Au-delà et par-delà le visible. Et encore, Ce Que Nous Sommes est définitivement par-delà le Faire et l’Avoir, c’est-à-dire il y a l’Être.

S’ennuyer de Soi, qu’il soit écrit avec un « s » minuscule ou majuscule, demeure que cela signifie nous nous sommes éloignés – d’une manière ou d’une autre – de Qui Nous Sommes Réellement.

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Richard LaChance ©2013-2017. Tous droits réservés

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